En parcourant la vaste collection numĂ©risĂ©e de la revue InfoWorld, disponible sur Google Books, nous avons retrouvĂ© une interview qu’avait accordĂ©e Bill Atkinson, l’un des crĂ©ateurs du Macintosh, et papa d’HyperCard.
En introduction, le journaliste rappelait le succès d’HyperCard en ce dĂ©but d’Ă©tĂ© 1988 : 700.000 utilisateurs, des versions internationales et une version 1.2 largement accĂ©lĂ©rĂ©e. MalgrĂ© cela, l’objectif de Bill Atkinson restait inchangĂ© : « permettre aux gens d’ĂŞtre Ă leur meilleur niveau ». Un objectif dĂ©passĂ© selon l’auteur du logiciel, tant Apple en a vantĂ© les mĂ©rites (alors mĂŞme qu’elle ne l’avait pas commandĂ© Ă l’origine) : confier HyperCard aux utilisateurs, c’Ă©tait un peu comme leur confier une clĂ© Ă molette et les observer s’en servir de mille manières, jusqu’Ă enfoncer des clous avec ! Avec HyperCard, l’ordinateur devient utile, l’utilisateur reprend le contrĂ´le sur la machine. Et le mĂŞme logiciel permet Ă©galement de diffuser des informations prĂ©sentĂ©es de manière interactive ! HyperCard, c’est Ă la fois l’application (et ses fonctions) et le document (et ses informations).

Le journaliste interrogeait ensuite Bill Atkinson sur la possibilitĂ© de voir arriver un jour une version pour l’IBM PC ou le PS/2. Bill Atkinson l’espĂ©rait. Pour lui, il aurait Ă©tĂ© normal que d’autres Ă©diteurs copient HyperCard, car lui-mĂŞme s’Ă©tait inspirĂ© du travail de tant d’autres crĂ©ateurs ! Il reconnaissait tout de mĂŞme que la tâche serait difficile, tant HyperCard s’appuyait sur les avancĂ©es logicielles et matĂ©rielles uniques du Macintosh.
Au dĂ©tour d’une question sur l’influence d’HyperCard dans le milieu de l’Ă©ducation, Bill Atkinson rappellait que le logiciel avait Ă©tĂ© diffusĂ© Ă Stanford avant mĂŞme sa sortie, quand il s’appelait encore Wildcard (on a vu ici pourquoi ce nom a finalement Ă©tĂ© abandonnĂ©). Il dĂ©fendait ensuite le caractère professionnel de son logiciel, dans un monde oĂą il Ă©tait devenu indispensable d’interagir avec les informations dans des formes variĂ©es, comme le texte et l’image. La question suivante abordait d’ailleurs la question de l’affichage Ă l’Ă©cran, au moment oĂą Apple venait de rempiler avec sa crĂ©ation Quickdraw, Ă©cartant le recours au nouveau moteur Display PostScript dĂ©fendu par NeXT et Adobe. Une rĂ©ussite logicielle, selon Bill Atkinson, mais trop gourmande pour les ordinateurs de l’Ă©poque (l’avenir lui donnera raison, puisque Mac OS X adoptera en 2001 un système Quartz dĂ©rivĂ© du PDF et du PostScript, capable d’afficher aisĂ©ment les fenĂŞtres de Mac OS 9 encore basĂ©es sur Quickdraw).
Le journaliste abordait ensuite la question du procès intentĂ© Ă Microsoft par Apple, en raison des emprunts de Windows au système du Macintosh. Bill Atkinson rĂ©pondait par une image toute simple : « si quelqu’un dessine Mickey Mouse sur une balle et vend celle-ci, tout le monde comprendra qu’il doive payer une licence Ă Disney »… Puis l’interview se terminait autour du concept de Knowledge Navigator, une vision de l’informatique portable par John Sculley, dont Bill Atkinson ne se gĂŞne pas pour dire qu’il s’inspirait largement de son Magic Slate, une tablette tactile pilotĂ©e par stylets, imaginĂ©e dès 1983 mais jamais concrĂ©tisĂ©e. Un outils de communication, permettant notamment d’Ă©changer par Ă©crit, de manière moins intrusive qu’avec le tĂ©lĂ©phone. Un outil qu’il aurait aimĂ© pouvoir garder sur lui en permanence…