La naissance d’HyperCard

Le caractère unique et révolutionnaire d’HyperCard conduit naturellement à s’interroger sur la genèse de ce logiciel trop vite oublié par Apple. Les années passant, les anecdotes fleurissent ici ou là, qui permettent d’en savoir plus sur la manière dont les idées sont venues à son génial créateur Bill Atkinson, également papa de MacPaint et inventeur du menu déroulant.

HyperCard en français

Quand il se remémore la création d’HyperCard, bien des années plus tard, Bill Atkinson se souvient surtout d’avoir été inspiré par un trip sous LSD, sur le banc d’un parc. En observant les étoiles, puis les lampadaires, et la lumière qu’ils produisaient, il se mit à penser à toutes ces informations hétérogènes produites dans le monde : celles des poètes, celles des physiciens, des chimistes, des biologistes, des musiciens… Autant de domaines qui ignorent tout les uns des autres, puisqu’ils ne communiquent pas entre eux. Comment donner à tous les gens passionnés le pouvoir d’organiser ces informations pour en partager la connaissance ? Et comment permettre aux lecteurs d’interagir avec les informations qu’on leur transmet ?

Bill Atkinson en 2017

Et voilà comment Bill Atkinson propose à Apple de lui laisser un congé sabbatique pour travailler sur ce concept, la marque bénéficiant en retour d’un droit prioritaire d’achat sur le logiciel qu’il mettra au point. Retiré à son domicile pour mieux se concentrer, il parvient à imaginer une pile de cartes, chacune d’elles contenant des images, des textes, et des boutons qui font quelque chose quand on appuie dessus, comme passer à une autre carte ou une autre pile. Il y ajoute une grande flexibilité, et une accessibilité aux non-programmeurs, qui ne s’intéressent pas à ce qui se passe sous le capot. Il cite notamment l’exemple, déroutant à l’époque, de l’enregistrement automatique : HyperCard sauvegarde l’état de ses piles en temps réel, et ne dispose même pas du menu « Enregistrer » !

Déjà en 1987, interrogé sur sa création, Bill Atkinson la présentait comme un « meccano » logiciel (software erector set) permettant aux non-programmeurs de rassembler des informations interactives. Au fil d’une démonstration complète, il tentait de démontrer la profondeur de son concept, dépassant l’impression première de n’avoir à présenter qu’une sorte d’agenda interactif avec son calendrier et son répertoire téléphonique. Bill Atkinson pouvait ainsi présenter sa fonction de recherche globale, permettant de trouver des chevaux en tapant « Find a Horse », ou de voir d’autres roues en cliquant sur une roue, avant d’effleurer le rôle du langage HyperTalk.

Bill Atkinson en 1987

On le dit souvent, HyperCard a influencé plus tard le créateur du World Wide Web, Tim Berners-Lee (même si le concept de lien hypertexte est bien plus ancien) tandis que le langage HyperTalk a influencé le créateur de JavaScript, Brendan Eich. Bill Atkinson note cependant que dans la philosophie d’HyperCard, les fonctions de consultation et d’édition n’étaient jamais séparées, contrairement au World Wide Web. Tout utilisateur pouvait à tout moment devenir un créateur, et visualiser le code-source des piles diffusées par d’autres créateurs pour s’en inspirer : c’était déjà de l’Open Source, ou GitHub avec vingt ans d’avance !

Quant à nous tous qui avons profité gratuitement d’une version complète d’HyperCard fournie avec chaque Macintosh, souvenons-nous que nous le devons à Bill Atkinson lui-même, qui imposa ce choix à Apple, en renonçant à une large part de ses propres royalties !

Sources :
Interview de Bill Atkinson par TwitBits (YouTube)
Interview par Computer Chronicles (YouTube)
Conférence 2012 sur Fora TV (YouTube)

Drogues Info Service

Quand Apple vendait des DVD vierges

Et vous, avez-vous connu cette époque où Apple vendait sa propre gamme de DVD à graver, par paquets de cinq, pour accompagner ses Power Macintosh équipés d’un lecteur-graveur SuperDrive ? C’était en 2001, quand Apple présente une mise à jour du Power Macintosh G4 équipé d’un graveur de DVD.

Apple DVD-R

À ce moment-là, Apple recycle la marque « SuperDrive » (précédemment employée pour son lecteur de disquettes 1.4 Mo) pour désigner un nouveau lecteur de CD également capable de lire et de graver les DVD-R. Il fallait opter pour le haut-de-gamme du Power Macintosh G4 à 733 Mhz pour bénéficier de cette technologie, avec un ticket d’entrée à 3500 dollars.

Pour rendre cette technologie accessible au grand public, Apple proposait le tout nouveau logiciel iDVD, facilitant la création d’une interface de navigation dans le film, et automatisant le processus d’encodage et de gravure.

iDVD, ici en version 2006
iDVD, ici en version 2006

On se souviendra qu’après avoir longtemps boudé le format DVD+R, pourtant devenu plus populaire dans le monde des PC et des lecteurs de salon dès 2002, Apple finira par l’adopter en janvier 2005. Le Journal du Lapin se remémore ce bridage fort ennuyeux dans un article de juillet 2017.

Souvenir – ClarisWorks (votez !)

Et vous, avez-vous connu la grande époque où ClarisWorks justifiait presque, à lui seul, l’achat d’un Macintosh ?

Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de la naissance de Claris, la filiale d’Apple dédiée aux logiciels. Si elle avait assuré dès 1987 la commercialisation de quelques logiciels rapidement passés de mode, comme MacPaint ou MacWrite, sa renommée était plutôt venue du logiciel intégré ClarisWorks, à la fois traitement de texte, tableur, logiciel de dessin et de base de données, sorti à la fin de l’année 1991.

ClarisWorks sur Macintosh

À sa période la plus faste, ClarisWorks comptait environ vingt millions d’utilisateurs. Plus simple et mieux conçu que la suite Microsoft Works, il étonnait par l’intégration de ses différents outils : il était possible d’insérer du texte dans le module de dessin, un tableur dans le module de texte… Cette domination ne dura cependant pas bien longtemps. Dès le milieu des années 1990, Word reprit l’avantage dans le domaine des traitements de texte, avec ses outils de correction d’orthographe puis de grammaire, et ses fonctions professionnelles de mise en page, telles les notes de bas de page ou la création de sommaire. Office 98 emportera sur son passage la dernière version de ClarisWorks, rebaptisée AppleWorks 6.0, présentée sans grande nouveauté, vaguement adaptée pour Mac OS X, et discrètement supprimée du DVD d’installation du système en 2006.

ClarisWorks sur Macintosh

Pour en savoir encore plus, rendez-vous sur cette page présentant le passionnant témoignage de Bob Hearn, un vétéran de Claris resté jusqu’à la réabsorption de la filiale par la maison-mère. Et si AppleWorks vous manque et que vous disposez d’un Mac un peu ancien, vous pouvez toujours l’acheter sur eBay !

Au fait, avez-vous lancé le module "Communication" de ClarisWorks au moins une fois dans votre vie ?

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Le dépliant français des MTV Europe Music Awards 1995

Il y a quelques jours, nous vous parlions des MTV Europe Music Awards de 1995, dont Apple était l’un des partenaires officiels. Il se trouve que, tout à fait par hasard, en fouillant dans un lot de documentations offert tout récemment à l’Aventure Apple, nous avons justement retrouvé le dépliant français de cet événement !

Apple 1995 MTV Music awards dépliant français

Grâce à ce document exceptionnel, on sait maintenant tout de cet événement, placé sous l’égide de « l’extravagant styliste de renommée mondiale Jean-Paul Gaultier », et organisé le 23 novembre 1995 au Zénith de Paris. Pour remporter l’un des six voyages de quatre jours mis en jeu au niveau européen, il suffisait de découvrir les nouveaux Macintosh Performa chez un revendeur et de remplir le bulletin de participation, racontant en 15 mots ce qu’évoquait le slogan « What is Power ? », traduit ainsi par Apple France : « La puissance, et si vous l’imaginiez ? ». Bien évidemment, le tampon du revendeur était exigé pour valider la participation.

Apple 1995 MTV Music awards dépliant français

Parmi les autres lots mis en jeu, on trouvait six Performa 5200 spécialement décorés pour l’occasion, et 10 Newton MessagePad. Les Français étaient choyés, avec d’autres Performa et des centaines de CD-ROM et de T-shirts.

Le travail de Clement Mok pour Apple

Parmi les slogans un peu oubliés d’Apple, dont nous reparlerons à une prochaine occasion, se trouvait « Wheels for the mind » (de l’énergie pour la pensée), un slogan accompagné d’un logo représentant un personnage transportant un Macintosh sur le porte-bagage de son vélo. Le Macintosh était lui-même directement inspiré du fameux logo Picasso de 1984.

À cette occasion, nous avons découvert le travail de Clement Mok pour Apple. Au début des années 80, il était directeur créatif pour Apple. C’est lui qui a imaginé ce cycliste, dans la droite ligne de l’intuition de Steve Jobs, qui voyait dans le macintosh un vélo pour l’esprit : un outil intuitif, que l’on n’a besoin d’apprendre à utiliser qu’une fois, et qui permet ensuite d’amplifier et prolonger les capacités de son utilisateur. On en trouve régulièrement des souvenirs sur eBay : tapis de souris, mugs, t-shirts, posters…

Image : Clement Mok

Sur son site, Clement Mok raconte son arrivée chez Apple. Après des expériences dans la division publicité et marketing de CBS puis chez Donovan&Green, spécialiste de la création visuelle, il passe un peu par hasard chez Apple où travaille une de ses amies. Il se souvient y avoir rencontré le directeur de la création, qui semblait prêt à embaucher n’importe qui susceptible d’être intéressé par le monde de la micro-informatique, comme on disait alors. Il commence par décliner la proposition, avant de se raviser : on ne peut pas refuser une offre dans une société dont le jeune patron fait la Une du Time !

L’une de ses premières créations pour la marque est la carte de vœux distribuée pour Noël 1984. Dès l’année suivante, il enchaîne avec le nouveau packaging des logiciels du Macintosh (on en trouve aisément sur eBay).

Apple MacPaint
Image : eBay

De manière plus confidentielle, son travail s’organise largement autour d’éléments de communication interne, comme ces posters dans lesquels l’identité américaine d’Apple est souvent mise en avant.

Image : Clement Mok

 

Apple building an american dream poster
Image : Clement Mok

Après son passage chez Apple, il crée sa propre agence en 1988, et travaille pour de nombreux clients : IBM, CMCD, Caere (l’éditeur d’OmniPage), Macromind, ou encore Révo (fabriquant de lunettes).

Publicité : le poids du son

A l’heure des abonnements Apple Music, Deezer, Spotify et des autres, la musique ne pèse plus rien. Associé au Cloud, même la capacité de stockage des appareils connectés n’est plus un facteur déterminant du nombre de morceaux que vous pouvez écouter. Il est donc amusant de voir dans cette brochure de l’iPod de 4ème génération cette allusion au poids de la musique que peut contenir le petit baladeur de 176 grammes seulement :

40 Go, 10 000 chansons, 255 kg de vinyles, 73 kg de cassettes, 48,5 kg de CD.

Brochure de l'iPod 4G

Un PowerCD dans sa boîte… mais en Néerlandais

Internet est vraiment un village mondial. Jugez plutôt : d’un clic, un Français peut y acheter, auprès d’un Anglais, un produit d’une firme américaine présenté dans sa version néerlandaise ! Alors si vous maîtrisez la langue de Vondel, lancez-vous, faites une offre !

Un PowerCD dans son carton, en version néerlandaise

Le PowerCD, pour ceux qui l’ont oublié ou qui sont nés trop tard, était un lecteur de CD-audio, de CD-Rom et de PhotoCD, rebadgé par Apple à partir d’un lecteur Kodak. Il pouvait fonctionner de manière autonome comme un simple lecteur CD avec une prise casque, et disposait même pour cela d’une batterie intégrée. Mais il pouvait aussi se connecter à un Mac par le port SCSI pour devenir un lecteur CD-Rom externe. On peut dire, sans exagérer, que ce produit n’a pas rencontré un succès phénoménal.

Un PowerCD dans son carton, en version néerlandaise

Bon anniversaire, iTunes sur Windows !

Les logiciels Apple sur Windows ne sont pas bien nombreux. La plupart des logiciels conçus par la firme à la pomme sont en effet réservés au Macintosh, et en constituent un excellent argument de vente. Même QuickTime, porté sur Windows à partir de 1994, a finalement été abandonné en 2016.

Alors c’est peu de dire qu’iTunes constitue une véritable exception dans ce paysage. À l’occasion du seizième anniversaire de la disponibilité de cet outil sur Windows, nous vous présentons deux brochures (recto-verso) distribuées à l’époque par les revendeurs Apple. iTunes, version 2, nécessitait Windows 2000 ou Windows XP.

iTunes Windows 2003 flyer

À cette occasion, Apple avait lancé une opération commerciale : tous les jours, un utilisateur tiré au sort parmi tous ceux disposant d’un compte sur l’iTunes Music Store recevait un iPod 10 Go.

iTunes Windows 2003 flyer with giveaway

Depuis avril 2018, iTunes et ses mises à jour sont directement distribuées par le Windows Store. Il reste le seul moyen d’accéder à Apple Music, mais aussi de synchroniser ses appareils iOS avec un PC sous Windows.

Des projets de design pour l’ADB Mouse II

Après l’article de samedi sur le prototype de Macintosh de 1982, voici un autre extrait de l’excellent livre Apple Design : The Work of Apple Industrial Design Group. Il s’agit d’une série de prototypes pour la future Apple Desktop Bus Mouse II, la souris qui accompagnera les Macs de 1993 à 1998. À l’époque de cette photographie, en octobre 1991, plusieurs designers du groupe de dessin industriel d’Apple recherchaient la forme optimale : Susanne Pierce (les modèles du haut), Tim Parsey (en bas à droite et à gauche) et Daniele De Iuliss (en bas au centre).

Prototypes pour l'Apple ADB Mouse II "Topolino"
Vu dans l’excellent livre Apple design : the work of Apple Industrial Design Group

A priori, c’est Susanne Pierce qui a gagné le concours !

Apple ADB Mouse II "Topolino"
Vu dans l’excellent livre Apple design : the work of Apple Industrial Design Group

Publicité : Macintosh et Lotus Jazz

Le dimanche, c’est publicité ! Aujourd’hui, c’est une double-page de 1985 que nous exhumons. Elle vante les mérites du tout nouveau logiciel Jazz, développé par Lotus spécifiquement pour le Macintosh 512 Ko. Grâce à cette quantité impressionnante de mémoire vive, il devenait possible de faire plusieurs choses au sein d’un même logiciel : tableur, grapheur, gestionnaire de fichiers, traitement de texte, et programme de communication : bref, c’était un peu comme Claris Works avant l’heure!

Nos lecteurs les plus attentifs se souviendront qu’Apple avait teasé le lancement de ce logiciel quelques mois auparavant, dans sa brochure présentant le Macintosh 512 à ses revendeurs. Elle précisait alors que Lotus travaillait sur un logiciel fantastique, en phase de test, dont elle ne pouvait rien dire, à part qu’il serait réservé au Macintosh 512K !

Publicité Apple 1985, Lotus Jazz

Sauver Apple, par Gil Amelio

Internet est une médiathèque formidable. Voyez ce qu’on vient d’y retrouver : une courte vidéo de Gil Amelio, tournée en 1996, alors qu’il était patron d’Apple depuis un mois. Une vidéo destinée à expliquer aux partenaires d’Apple comment il comptait offrir à la marque un avenir meilleur.

Le Docteur Amelio commençait par reconnaître qu’Apple avait trébuché, notamment à cause d’erreurs qu’il confessait honnêtement. Ainsi, Apple avait déçu les espoirs liés à ses avancées technologiques : ses équipes devaient rapidement régler les problèmes rencontrés par les utilisateurs et les développeurs. Pour cela, Apple doit se fixer une ligne stratégique claire et connue, en visant ses secteurs d’excellence ; elle doit également assainir ses finances, y compris en se séparant de certains secteurs qui ne font pas partie de sa ligne stratégique ; elle doit enfin s’organiser en interne pour mettre en place cette stratégie.

Bref, Apple doit retourner à ses racines. Apple est cette entreprise qui rend simples des technologies complexes, pour rendre les utilisateurs plus efficaces. Ses produits doivent être épanouissants et amusants. L’utilisateur doit être au centre de l’intérêt de la marque, qui l’a peut-être oublié. Et voici l’ordonnance du Docteur Amelio : simplifier la gamme tout en conservant son avance technologique ; s’attacher à la valeur ajoutée pour l’utilisateur ; délivrer un message publicitaire plus clair et plus intense ; permettre aux développeurs tiers d’être plus rentables ; et réorganiser l’entreprise et ses processus.

Les années 80 et 90 sont derrière nous. Les règles changent. Apple doit mener le changement et l’offrir à ses utilisateurs : communications, multimédia, simplification de l’interface (Amelio veut que l’ordinateur s’adapte à l’utilisateur et non plus l’inverse). Et Amelio de rassurer son public : vous pouvez continuer d’avoir confiance en nous, nous prenons en compte vos besoins, et nous continuons d’imaginer de superbes nouveaux produits.