Apple Bunny et la répétition des touches

On découvre de nouvelles choses anciennes tous les jours ! Prenez un exemple tout simple : que se passe-t-il si vous appuyez longuement sur une touche de votre clavier ? Selon la version de Mac OS et vos réglages, soit la touche se répète comme si vous l’aviez pressée plusieurs fois, soit un menu local apparait pour vous permettre de choisir entre plusieurs déclinaisons du caractère.

Répétition touche MacOS

Cette fonction de répétition d’une touche est prévue depuis le tout premier Macintosh. On trouvait dans les Tableaux de Bord un réglage de la vitesse de répétition et du délai avant activation. En voici un exemple dans le Système 6.

MacOS Key repeat control panel

Mais avant ? Bien avant ? C’était comment ? Eh bien à l’époque de l’Apple II, en 1983, un appui long sur une touche ne faisait rien de particulier. Rien de plus qu’un appui court. On pouvait appuyer pendant cinq minutes sur la touche A, ça ne faisait toujours qu’un seul A à l’écran. Sauf… sauf si on avait acheté et installé le module Apple Bunny de la société Accessory Products Company !

Apple Bunny ad 1983

Ce n’était pas juste un logiciel, mais bien une véritable carte électronique à installer à l’intérieur de l’ordinateur, juste sous le clavier. Elle venait s’interfacer avec la grosse prise qui permettait de relier le clavier et la carte-mère et provoquait une répétition de l’appui en répétant le message électrique transmis par la touche. On trouve sur le site applefritter le témoignage d’un passionné qui a reproduit cette carte avec des composants modernes.

Apple Bunny card 1983

Apple Bunny box

Souvenir – Le Lanceur

Et vous, avez-vous connu le Lanceur ? Apparu en 1995 avec le Système 7.5 pour le grand public, il s’agissait d’un « Tableau de Bord », un concept que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, une sorte de logiciel-qui-n’en-est-pas-un accessible depuis le Menu Pomme, et qui pouvait aussi apparaître automatiquement au démarrage du Mac.

Il contenait une simple fenêtre avec des onglets personnalisables, chacun de ces onglets pouvant contenir des Alias menant vers des logiciels ou des documents. Un simple clic sur l’icône lançait le logiciel ou le document : plus besoin de naviguer dans le disque dur ni de double-cliquer sur les fichiers ! Quelque part, c’était tout à la fois l’ancêtre du Dock et du Launchpad ! Et c’est bien pour cette raison qu’il n’a pas survécu au passage à MacOS X.

Le Lanceur de MacOS (Mac OS Launcher)

Pour ajouter des icônes au Lanceur, c’était très simple : il suffisait de glisser logiciels ou documents vers sa fenêtre pour y créer le bouton correspondant. Mais pour réorganiser ou faire le ménage, c’était une autre paire de manches : il fallait naviguer dans le Dossier Système du disque de démarrage, y ouvrir le dossier « Lanceur », et ajouter ou supprimer des alias. Pour créer des onglets, il fallait créer des dossiers dont le nom commençait par « • », le caractère obtenu avec la touche Option, la touche Majuscule et la touche Point-Virgule (sur un clavier QWERTY, c’était plus simple : Alt-8 suffisait).

Le Macintosh, Michel Audiard et les Québécois

Il y a déjà bien longtemps, sur l’Aventure Apple, nous vous avions présenté cette préface du manuel de MacWrite, rédigée par Michel Audiard à la demande d’Apple France. Michel Audiard (1920-1985) fut, entre autres, le dialoguiste des Tontons Flingueurs et d’Un Singe en Hiver.

MacWrite préface Michel Audiard Apple 1983

En quelques lignes, ce génie de la langue française et de la réplique culte résume l’esprit de ce logiciel révolutionnaireDéconcerté par l’audio-visuel et halluciné par l’informatique, je sentais se refermer sur moi les portes de l’idiotisme. Entre la pomme de Newton et la pomme d’Apple, j’étais fait comme un rat. Et puis une souris a tout changé ! Désormais je m’ackintosh comme tout un chacun, je m’acpainte comme personne et je m’acwrite comme tout le monde. Bref, me voilà intelligent à l’extrême. Je veux dire : aussi intelligent que n’importe quel enfant de dix ans.

Ce bel hommage a été reproduit dans un autre manuel, le « Supplément aux manuels d’accompagnement du Macintosh », diffusé par Apple Canada pour adapter les manuels français aux spécificités de nos cousins francophones. Voici le paragraphe « Bienvenue dans ce monde merveilleux de Macintosh », à la première page de ce livret. Apple Canada présente le Macintosh comme une machine puissante et docile, qui se soumet à vos volontés. Un ordinateur construit et éduqué pour vous comprendre et faire ce que vous lui demandez. Et avant de vous souhaiter Bon amusement, Apple Canada reproduit la préface de Michel Audiard, présenté comme « un humoriste français ».

Macintosh user manual Apple Canada Audiard

High Sierra, en 1988

Si je vous dis « High Sierra », il y a de fortes chances que vous pensiez à la version 10.13 de Mac OS X, distribuée par Apple à partir de septembre 2017.

MacOS X High Sierra

Mais si je vous dis que High Sierra était déjà supporté par Apple près de trente ans plus tôt, en 1988, vous en dites quoi ? C’est pourtant ce que l’on découvre dans cet article du magazine InfoWorld paru le 10 octobre 1988. Pour garantir la plus grande compatibilité avec les CD-Roms, la marque y annonçait le support du format ISO High Sierra, également connu sous le nom de HSFS (High Sierra File System). Le Macintosh n’était pas le seul à s’ouvrir à ce format : l’Apple IIGS était également compatible, au moyen de ses File System Translators.

InfoWorld 10 octobre 1988
Image : Google Books

Ce format a aujourd’hui complètement disparu : il a évolué rapidement vers le format ECMA-119 puis vers l’ISO 9660 que l’on connaît encore aujourd’hui. Il devait son nom à l’hôtel californien dans lequel s’étaient réunis ses concepteurs en novembre 1985, dans la région montagneuse du même nom. Parmi ces spécialistes, se trouvaient des représentants d’Apple, mais aussi de Microsoft, Philips, Hitachi, ou encore Sony.

Le TimeBand, vingt-cinq ans avant l’Apple Watch

Vingt-cinq ans avant de commercialiser son Apple Watch, la marque à la pomme travaillait déjà sur un projet d’appareil à porter au poignet. Évidemment, à l’époque, les technologies ne permettaient pas encore d’intégrer l’écran, la batterie et les commandes dans le format d’une montre, alors ça débordait un peu… Ce projet était mené par Robert Brunner, du groupe de design industriel d’Apple, en décembre 1990. En avance sur son temps, il intégrait déjà une connexion cellulaire pour échanger des messages et tenir à jour l’agenda de l’utilisateur.

Apple TimeBand Prototype 1990

Cette image est extraite  de l’excellent livre Apple Design : The Work of Apple Industrial Design Group, dont nous avons déjà présenté quelques bonnes pages : un prototype de Macintoshquelques projets d’ADB Mouse II et un prototype de bureau de change !

Souvenir : les documents convertis

Et vous, avez-vous connu l’époque où votre Macintosh convertissait certains documents à la volée avant de les ouvrir ? A cette époque, à chaque fois que vous ouvriez certains de vos fichiers, un dialogue de ce genre apparaissait :

Dialogue de conversion de fichier

Cela signifiait que vous ne disposiez pas de l’application qui avait servi à créer le document, mais que vous pouviez l’ouvrir avec d’autres applications. Pour éviter ce dialogue, il fallait ouvrir votre Dossier Système, puis le dossier Préférences, et enfin le dossier “Documents convertis”.

Fichiers convertis sous Mac OS 8

Vous y trouviez toutes les versions “traduites” de vos documents (depuis le dernier démarrage), dans le format de l’application de votre choix ! Il s’agissait soit du document complet, soit d’un simple raccourci, parfois même d’un modèle de document. Il était possible de récupérer ces fichiers pour les conserver, afin qu’ils s’ouvrent directement et sans délai dans l’application souhaitée.

Pourquoi le Lisa coûte-t-il si cher ?

On a tous entendu parler de ces « Apple-1 » qui s’arrachent à prix d’or aux enchères : 905.000 dollars en 2014, 815.000 dollars en 2016, ou « seulement » 110.000 euros en 2017. Avec moins de 200 unités produites, dont une soixantaine aujourd’hui recensés dans le monde, et seulement quelques unités en état de marche, ce modèle mythique attire en effet musées et collectionneurs fortunés.

Mais comment expliquer que le prix des « Lisa-1 » (en réalité, des Lisa tout court) s’envole également ? En mars dernier, un exemplaire s’est vendu pour 55.300 dollars sur eBay, alors que les modèles suivants plafonnent à une fraction de ce prix.

First Lisa with twiggy drives on eBay
Un Lisa 1 en vente sur eBay

Tout simplement parce qu’on ne trouve presque plus aujourd’hui de Lisa original dans la nature. Lors de la sortie du Lisa 2, Apple proposa de « mettre à jour » gratuitement les Lisa d’origine, grâce au remplacement des deux lecteurs Twiggy 5″1/4 par un seul lecteur 3″1/2 et à l’installation d’une nouvelle façade. Il faut dire qu’il fallait bien ça pour éviter la colère des utilisateurs, qui avaient payé leur Lisa près de 10.000 dollars avant que le nouveau modèle ne soit proposé pour la moitié de ce prix. Autant dire qu’il fallait être un peu fou, ou très distrait, pour passer à côté de l’aubaine. Le coup de grâce fut donné en 1986 : chaque propriétaire de Lisa fut invité à échanger sa machine contre un Macintosh Plus équipé d’un disque dur externe de 20 Mo, moyennant une participation de 1500 dollars. Et voilà pourquoi le Lisa d’origine est devenu introuvable.

Au passage, savez-vous pourquoi le disque dur ProFile vendu avec plusieurs modèles de Lisa n’avait ni la couleur, ni le design, ni même la largeur du Lisa ? Tout simplement parce qu’il avait été conçu en 1981 pour l’Apple III, avec lequel il s’accordait parfaitement.

Les liens entre Apple et Canon

Si vous deviez citer les liens qui unissent Apple et Canon, le spécialiste japonais des produits optiques, combien en trouveriez-vous ?

Oui, Canon avait embauché Jef Raskin, l’un des papas du Macintosh, qui avait quitté Apple en 1982. Chez Canon, il développa le Canon Cat, un drôle d’ordinateur sans souris sorti en 1987.

Oui, Apple a utilisé un système développé par Canon dans sa première imprimante laser, la LaserWriter de 1985. Il s’agissait du LBP-CX, également utilisé par Hewlett-Packard dans sa LaserJet quelques mois plus tôt.

Canon LBP-CX laser
Image extraite de PC Magazine, 17 septembre 1985

Oui, en 1989, Canon a investi 100 millions de dollars pour monter au capital de NeXT, l’autre entreprise de Steve Jobs, qui n’avait pourtant encore rien commercialisé mais qui prévoyait d’utiliser un lecteur CD conçu par Canon, ainsi que le même LBP-CX que dans la LaserWriter. C’est d’ailleurs à Canon que NeXT cédera sa division matérielle quand elle se recentrera sur le logiciel en 1993.

Oui, Apple a réhabillé des imprimantes Canon pour constituer sa propre gamme, sous le nom de StyleWriter, de 1991 à 1996, avant de se tourner vers Hewlett-Packard.

Oui, il s’est dit au milieu des années 90, quand Apple était moribonde, que Canon était sur le point de la racheter, ce que la firme japonaise avait démenti.

Mais ce n’est pas tout : l’imposante firme japonaise a été pour Apple un simple revendeur de 1983 à 1998. On trouve ainsi des brochures d’époque, vantant la gamme d’Apple, avec les logos de Canon et d’Apple côte à côte. La branche Canon Sales, en charge de cette activité, avait choisi en janvier 1998 de s’éloigner d’Apple et de ses ventes déclinantes, pour se rapprocher de Compaq. Huit mois plus tard, Apple lançait l’iMac, tandis que Compaq s’apprêtait à sombrer (son PDG Eckhard Pfeiffer démissionnera à l’été 1999). Y’a des jours, comme ça, il vaudrait mieux se casser une jambe…

Brochure Apple Canon JaponBrochure Apple Canon Japon

Brochure Apple Canon Japon

Sources :
ComputerWorld, 24/10/1983 : “a contract that will allow Canon to sell Apple microcomputers”
NY Times, 13/06/1989 : “The Tokyo-based company already sells the Apple Macintosh”
Japan Times, 30/01/1998 : “We have been selling Apple’s products for nearly 15 years”

Publicité : le Workgroup Server

Le dimanche, c’est publicité ! Comme on a déjà parlé de la Révolution dans une précédente publicité, on se contentera en ce 14 juillet d’une publicité de 1994 pour la gamme de serveurs Workgroup Servers : les modèles à processeurs 68k (AWS 60, 80 et 95) et ceux à processeurs PowerPC (AWS 6150, 8150 et 9150). Ces serveurs, et le système qui les animait, permettaient d’aller au-delà des limites habituelles des réseaux AppleTalk : serveur d’impression, messagerie, sauvegarde, sans oublier Apple Remote Access pour rejoindre le réseau local grâce à un accès distant.

Apple Wrokgroup server ad 1994

Un peu de compétition pour l’Apple IIe

De nos jours, quand on croise un Apple IIc, le premier mot qui nous vient à l’idée n’est pas forcément « miniaturisation  ». Et pourtant, replacé dans le contexte qui l’a vu naître, l’Apple IIc de 1984 était vraiment une merveille d’ingénierie. Cette publicité américaine donne l’échelle, au sens propre. Avec un écran spécialement créé pour lui, un lecteur de disquettes intégré, et des ports d’extension internes abandonnés au profit des prises externes, l’Apple IIc était vraiment l’Apple II compact.

Apple IIc : a little competition for the Apple IIe

Dans le détail, cette double-page abordait aussi un autre aspect de l’Apple IIc : la compétition interne qu’il créait avec son grand frère. Même système, même format de disquettes, mêmes logiciels… Cela ne dérangeait pas Apple, qui devait déjà se battre contre des concurrents prêts à tout, jusqu’au vol de brevet, à l’espionnage et au kidnapping ! Nous avons d’ailleurs déjà parlé de ces cloneurs d’Apple II dans un précédent article. Le IIe gardait pour lui sa capacité d’extension de mémoire (jusqu’à 1 Mo en version enhanced), sa compatibilité avec le disque dur ProFile, et ses huit emplacements pour cartes d’extensions.

L’iPhone reconnaît les icônes d’HyperCard !

Que se passe-t-il quand on vise avec l’appareil photo de l’iPhone les images créées il y a trente ans pour HyperCard ? Hé bien celui-ci analyse et reconnaît sans broncher les visages qui s’affichent devant lui ! Ainsi, quand on lui présente la bibliothèque d’icônes d’HyperCard, l’iPhone est capable de reconnaître un visage dans l’icône qui représente Bill Atkinson, le génial créateur de MacPaint et HyperCard.

Reconnaissance de visages iPhone - HyperCard - Bill Atkinson

Le système fonctionne également très bien avec cette carte de la pile « Idées de dessins ». Plusieurs visages sont reconnus, y compris ceux pour lesquels la couleur noire est rendue par un damier de pixels noirs et blancs !

Reconnaissance de visages iPhone - HyperCard

On a même essayé avec le soleil dessiné parmi les fiches de l’Album, cet accessoire de bureau accessible depuis le menu Pomme du Système 7. Et ça marche !

Reconnaissance de visages iPhone - Album - Système 7

L’héritage d’Excel et d’Hypercard

Plus de vingt ans après leur apparition, on doit bien admettre qu’Excel (de Microsoft) et Hypercard (d’Apple) n’ont pas connu le même destin ni la même fortune. Le premier est encore la référence incontestée du monde des tableurs (et sans doute l’un des logiciels les plus connus toutes catégories confondues), tandis que le second n’a guère gardé qu’une petite place d’honneur dans la mémoire de quelques passionnés (dont nous sommes).

Et pourtant, en avril 1988, au moment de décerner ses récompenses aux produits sortis en 1987, le magazine InfoWorld (dont la version numérisée par Google Books est devenue notre livre de chevet) met les deux logiciels au coude à coude. Excel remporte le prix du logiciel MS-DOS de l’année, tandis qu’HyperCard remporte la catégorie côté Mac. Mais c’est dans les commentaires que l’anecdote trouve toute sa saveur : Excel est vu comme « un reflet du tableur du futur », ni plus ni moins, quand HyperCard est présenté comme « le produit le plus influent de 1987 ». Il remporte également la catégorie ouverte « Meilleure nouvelle idée ».

1987 InfoWorld Hypercard et Excel

Malgré les qualités évidentes du logiciel, l’avenir n’a pas donné raison au jury d’InfoWorld. La polyvalence et le génie d’HyperCard, le bébé de Bill Atkinson, restent pourtant à ce jour inégalés, malgré son échec commercial.

La construction du siège d’Apple France

Vous avez aimé la présentation de la salle de sport d’Apple France en 1993 ? Alors vous adorerez cette vidéo « corporate » de la construction du siège d’Apple France, proposée sur le même compte YouTube. On y retrouve des musiques cataclysmiques, des effets visuels psychédéliques (bon sang, cette pomme qui se promène dans le décor !), et même des ouvriers moustachus. En deuxième partie de film, on a droit à une visite du chantier mené par Bouygues, et à un petit repas sur le pouce en compagnie de Jean-Louis Gassée. La vidéo se termine sur le bâtiment achevé, avec son stock de Macintosh Plus, son vestibule vitré, ses salles de sport et ses bureaux. Les amateurs d’Apple France auront bien sûr reconnu le bâtiment du 12, avenue de l’Océanie, aux Ulis dans l’Essonne. Mais qui saura nous dater son inauguration ? Attention, regarder cette vidéo entièrement peut donner des boutons sur les yeux.

Allez, rien que pour vous, on a aussi retrouvé un article du Monde, daté du 6 janvier 1993, dans lequel l’introduction est consacrée au siège français d’Apple : « Dès le hall d’entrée, une vaste verrière où foisonnent les plantes vertes, vous saisissez l’importance des lieux. Tout est fait pour vous mettre à l’aise. Jusqu’à l’hôtesse qui vous suggère, tous sourires, de prendre un café en attendant que l’on vienne vous chercher. Au siège d’Apple-France, aux Ulis, plaisir et convivialité semblent être au coeur du fonctionnement de l’entreprise ». Pour le lire en entier, il faudra vous abonner !